De Lomé à Manille :retour sur la Zero Waste Academy 2026
- caferwebsite
- il y a 2 jours
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Le gouvernement ne peut pas à lui seul gérer les déchets, nous organisation de la société civile devons aider et contribuer à atteindre un avenir sans déchet.
C'est au cœur de Manille, capitale bouillonnante des Philippines, que s'est tenue du 18 au 26 avril 2026 la Zero Waste Academy, un rendez-vous international incontournable pour tous ceux qui croient en un monde débarrassé de la culture du jetable. Pendant neuf jours intenses, des militants, experts, praticiens et jeunes leaders venus des quatre coins du globe se sont réunis pour apprendre, débattre et construire ensemble les outils d'une transition zéro déchet juste et durable. J'ai eu l'immense privilège d'en faire partie.
Une immersion au cœur des enjeux globaux du zéro déchet
Dès les premières heures, le ton était donné : la Zero Waste Academy n'est pas une conférence de plus. C'est un espace d'apprentissage exigeant, ancré dans la réalité des territoires, loin des discours convenus. Les échanges y sont francs, les remises en question bienvenues, et la diversité des participants issus d'Asie, d'Afrique, en fait un lieu de croisement de perspectives particulièrement riche. C’est Un espace rare où l'on parle vrai, où l'on confronte les idées, où l'on apprend autant des intervenants que des personnes assises à côté de soi.
J'y étais. Et cela a tout changé.
Durant plus d’une semaine divers thématiques ont été abordées :
- Les fausses solutions au banc des accusés : le cas du Waste-to-Energy
L'une des discussions les plus marquantes de la semaine a porté sur les fausses solutions, et notamment sur le modèle du Waste-to-Energy (WtE) — ces installations qui incinèrent les déchets pour produire de l'énergie. Présentées par certains acteurs industriels et institutionnels comme une solution climatique, ces technologies ont été déconstruites avec rigueur lors des sessions dédiées.
Les intervenants ont démontré, chiffres à l'appui, que l'incinération des déchets émet des gaz à effet de serre et des polluants toxiques, détruit des ressources potentiellement recyclables, et décourage les investissements dans des filières véritablement circulaires. Loin de résoudre la crise des déchets, le Waste-to-Energy la perpétue en entretenant une logique de production et d'élimination qui contredit frontalement les principes du zéro déchet. Un message fort, que je compte bien porter au retour dans mes actions de plaidoyer.
- La transition juste : Ne laisser personne de coté
Autre thématique centrale de l'Académie : la transition juste. Ce qui m'a profondément ému, c'est la place accordée aux travailleurs des déchets généralement surnommés les les waste pickers , mais aussi leur force et résilience . Ces hommes et ces femmes pour la majorité des cas, collectent , chaque jour, trient, revendent, et assurent une part essentielle de la chaîne du recyclage.
- Les déchets organiques : un gisement inexploité
Les déchets organiques représentent en moyenne plus de 50 % des ordures ménagères dans les pays du Sud. Pourtant, ils sont encore massivement enfouis ou brûlés, générant des émissions de méthane considérables. L'Academie a consacré plusieurs sessions à ce gisement inexploité, en explorant les solutions de compostage communautaire, Pour nous, acteurs africains, ces approches résonnent particulièrement : adaptées, peu coûteuses et génératrices d'emplois locaux, elles constituent un levier concret pour réduire les émissions tout en améliorant la fertilité des sols et la sécurité alimentaire.
- Le réemploi et les bénéfices : reprendre le contrôle sur nos ressources
La culture du réemploi a également occupé une place importante dans les discussions. Face à l'avalanche de produits à usage unique, de nombreuses initiatives locales intègre déjà des consignes d'échange, emballages réutilisables, ces innovations ont été présentées comme des alternatives crédibles.
Ce qui m'a le plus frappé : ces solutions ne nécessitent pas de technologies sophistiquées. Elles reposent avant tout sur un changement de culture, une volonté politique, et la mobilisation des communautés. Des ingrédients que nous avons, en Afrique, en abondance.
- Les MRF : voir le zéro déchet à l'œuvre à travers les moyens de bord
L'un des moments forts de la semaine a sans doute été la visite des Material Recovery Facilities (MRF) — ces centres de tri et de valorisation des matières recyclables implantés dans plusieurs Barangay de Manille. Ces infrastructures de proximité, souvent modeste, adapté aux réalités de la commune et gérées par les communautés elles-mêmes, incarnent concrètement ce que le zéro déchet peut produire sur le terrain : des matières triées, valorisées, réinjectées dans l'économie locale, et des emplois dignes créés au cœur des quartiers.
Voir fonctionner ces centres m'a convaincu plus que jamais que le zéro déchet n'est pas une belle idée théorique réservée aux pays riches. Que des communautés aux ressources limitées, dans un pays du Sud, l'ont mis en œuvre. Imparfaitement, peut-être. Mais concrètement. Et ça tourne.
Ce que je rapporte dans mes bagages : un projet pour Lomé
Je rentre à Lomé avec bien plus que des souvenirs. Je rentre avec un projet.
Inspiré directement par ce que j'ai vu à Manille, je reviens avec la conviction et la détermination de travailler à la mise en œuvre d'un Zero Waste Plan pour Lomé , un plan concret, ancré dans les réalités de nos quartiers, pensé avec et pour nos communautés. Un plan qui s'appuierait sur la création de centres MRF de proximité, la valorisation des déchets organiques, le soutien aux acteurs informels du recyclage, et la mobilisation de la jeunesse comme moteur du changement.
Ce projet, je ne le construirai pas seul. Il se fera avec les jeunes, avec les acteurs locaux, avec les autorités municipales, avec tous ceux qui croient comme moi que Lomé peut devenir une ville pionnière du zéro déchet en Afrique francophone.
Le zéro déchet existe. Il n'a pas besoin d'être parfait. Il suffit de commencer.
Oureya Raissa





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